samedi 23 mai 2009

Pierre Abélard







Abélard, Pierre (1079-1142), philosophe et théologien français, penseur majeur de la scolastique, qui se rendit célèbre grâce à l’enseignement qu’il dispensa à la montagne Sainte-Geneviève et au mythe qui entoure sa passion amoureuse pour Héloïse.

Né au Pallet, en Bretagne, Abélard partit de chez lui pour étudier à Loches auprès du philosophe nominaliste français Roscelin, puis à Paris, avec le philosophe français réaliste Guillaume de Champeaux. Critique ardent de ses maîtres, Abélard commença à enseigner à Melun, à Corbeil et, en 1108, à Paris. Il acquit rapidement une grande célébrité à travers l’Europe en tant que professeur et intellectuel. En 1117, Héloïse, la nièce de Fulbert, chanoine de la cathédrale Notre-Dame de Paris, devint son élève.

De l’amour d’Héloïse et Abélard naquit un enfant baptisé Astrolabe. Les deux amoureux se marièrent en secret et Abélard persuada Héloïse de prononcer ses vœux à l’abbaye des bénédictins de Saint-Argenteuil. Son oncle Fulbert, qui avait condamné leur liaison amoureuse, fut quelque peu apaisé par leur mariage, mais finit par juger qu’Abélard avait abandonné Héloïse à l’abbaye et le fit castrer. Le couple se sépara alors : Héloïse se retira à Argenteuil avant de devenir, une dizaine d’années plus tard, abbesse du Paraclet, tandis qu’Abélard prononça ses vœux à l’abbaye de Saint-Denis-en-France, à Paris.

Le premier livre que publia Abélard, un traité sur la Trinité (Theologia summi boni, 1121), fut condamné aux flammes par le concile de Soissons, réuni la même année. Contraint par la critique à quitter Saint-Denis-en-France, Abélard fonda la chapelle et l’oratoire du Paraclet près de Nogent-sur-Seine. En 1125, il fut élu abbé au monastère de Saint-Gildas-de-Rhuis, où il composa son autobiographie Historia calamitatum (Histoire de mes tribulations, 1132). C’est à cette époque que débuta sa relation épistolaire avec Héloïse : cet échange de lettres est devenu un classique de la correspondance amoureuse. En 1140, saint Bernard, alors abbé de Clairvaux, qui jugeait dangereuse l’influence de la pensée d’Abélard, ordonna au concile de Sens et au pape Innocent II de condamner Abélard pour le scepticisme et le rationalisme de ses écrits et de son enseignement. En se rendant à Rome pour faire appel de sa condamnation, Abélard accepta l’hospitalité de Pierre le Vénérable, grand abbé de Cluny, et y demeura plusieurs mois. Il mourut dans un prieuré clunisien près de Chalon-sur-Saône. Son corps fut transporté au Paraclet et Héloïse, morte en 1164, fut enterrée à ses côtés. En 1817, les deux corps furent réunis dans une seule tombe au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

La vie romantique d’Abélard éclipse souvent l’importance de sa pensée. Pourtant, il fut l’un des plus grands penseurs du Moyen Âge. Par l’intérêt qu’il vouait à la discussion dialectique, Abélard s’inscrivit dans le sillage du philosophe et théologien du IXe siècle Jean Scot Érigène, et préfigura le philosophe scolastique saint Thomas d’Aquin. L’importante thèse dialectique d’Abélard selon laquelle la vérité doit être obtenue en pesant soigneusement tous les aspects de chaque question est présentée dans Sic et Non (Pour ou contre, v. 1123). L’œuvre d’Abélard annonçait également l’influence grandissante de la philosophie d’Aristote, plutôt que celle de Platon, sur la théologie.

Abélard rejeta fermement les théories du réalisme philosophique extrême, refusant d’admettre que les universaux ont une existence indépendante en dehors de l’esprit. Selon Abélard, universel est un terme fonctionnel exprimant toutes les images associées à ce mot dans l’esprit humain. Cette position ne relève pas du nominalisme, parce qu’Abélard ajoute que les idées à partir desquelles se forme l’image et auxquelles on donne un nom universel, ont une certaine similitude ou nature commune. Sa théorie constitue une étape décisive vers le réalisme modéré de Thomas d’Aquin, mais il ne parvint pas à expliquer la façon dont se forment les idées. Abélard marqua l’histoire de l’éthique, notamment par la thèse selon laquelle tout acte doit être jugé par l’intention de celui qui agit, au moment où il agit.

Outre ses nombreuses œuvres de morale, de théologie et de dialectique rédigées en latin, Abélard écrivit également des poèmes et des hymnes.

mercredi 1 avril 2009

Serge Moscovici






Moscovici, Serge (1920- ), psychologue français d’origine roumaine qui a contribué à l’essor de la psychologie sociale par ses analyses portant sur la psychologie des groupes et sur l’évolution des concepts de société et de nature.

Né à Brǎila, en Roumanie, Serge Moscovici consacra sa thèse à la Psychanalyse, son image et son public (1961), dans laquelle il proposa des « modèles psychologiques » pour comprendre la manière dont les individus, dans une société donnée, acquièrent un savoir, en l’occurrence les connaissances relatives à la psychanalyse, et l’intègrent à leur expérience.

Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, il analysa l’évolution des comportements de groupe, adaptant à l’observation de la société européenne industrialisée les méthodes de l’ethnologie. Il s’intéressa également aux composantes de la modernité sociale, notamment dans Reconversion industrielle et Changements sociaux (1961).

L’un des apports essentiels de Serge Moscovici consiste dans la mise en évidence des traits pertinents de la Psychologie des minorités actives (1979). À partir de données statistiques rassemblées sous sa direction, il a dégagé certains modes de diffusion parallèle des informations, grâce auxquels de petits groupes parviennent à transmettre à l’ensemble de la société des expressions, des opinions ou des comportements, et ce, malgré la pression exercée par la société sur l’ensemble des individus pour les contraindre à se fondre dans un modèle. L’Âge des foules (1981) poursuit cette recherche en montrant comment l’influence, souvent imprévisible, des « minorités actives » est utilisée à des fins politiques dans les différents pays du monde.

Les recherches en sociologie ont conduit Serge Moscovici à définir le type de relation que les hommes entretiennent, dans le monde moderne, avec l’idée de « nature ». Au travers d’un Essai sur l’histoire humaine de la nature (1968) et d’une analyse polémique (la Société contre nature, 1972), il mit en lumière les tendances toujours renouvelées à idéaliser la « vie sauvage » ou à souligner la dimension animale de l’Homme. Son ouvrage Hommes domestiques et Hommes sauvages (1974) repère dans la culture contemporaine les sources toujours vives de ce désir de nature.

Francis Bacon







1-Présentation:

Bacon, Francis (philosophe) (1561-1626), philosophe anglais et homme d’État, un des pionniers de la pensée scientifique moderne.

2-Vie:

Bacon naquit à Londres et étudia à l’université de Cambridge. Élu à la Chambre des communes en 1584, il y demeura jusqu’en 1614. Il écrivit de judicieuses lettres de conseil à Élisabeth Ire, reine d’Angleterre, mais il ne fut jamais donné suite à ses suggestions et il perdit toute faveur auprès de la reine en 1593, lorsqu’il s’opposa à un projet de loi sur une subvention royale. Cependant, il recouvra la considération de la cour avec l’accession de James Ier en 1603. Bacon fit des propositions de plan de réunion de l’Angleterre et de l’Écosse et soumit des recommandations concrètes concernant les liens avec les catholiques romains. En récompense de ses efforts, il fut fait chevalier en 1603, nommé commissaire de l’union de l’Écosse et de l’Angleterre et se vit accorder une pension. Son livre Traité de la valeur et de l’avancement des sciences fut publié en 1605. Deux années plus tard, il fut nommé sollicitor général.

Au cours de la dernière session du premier Parlement en 1611 sous James Ier, les différends entre la Couronne et les communes devinrent critiques et Bacon assuma le rôle de médiateur en dépit de la méfiance qu’il éprouvait à l’égard du principal ministre de James, Robert Cecil, comte de Salisbury. À la mort de Salisbury en 1612, Bacon, cherchant attirer l’attention du roi, écrivit plusieurs articles sur l’art de gouverner. En 1613, il fut nommé attorney général puis en 1618, grand chancelier et baron Verulam.

En 1620, son Novum Organum fut publié. La même année, il fut accusé de corruption par le Parlement et condamné à une amende, à l’emprisonnement au gré du roi et au bannissement du Parlement et de la cour. En septembre 1621, le roi lui pardonna tout en lui interdisant les fonctions politiques. Bacon se remit alors à ses écrits, achevant son Histoire de Henry VII et sa traduction en latin de l’Avancement des sciences (De Augmentis). En mars 1622, il offrit de faire un recueil des lois, proposition qui resta lettre morte en dépit des requêtes répétées adressées à James Ier et à son successeur, Charles Ier. Il mourut à Londres le 9 avril 1626.

3-Ouvrages:

Les écrits de Bacon peuvent être classés en trois catégories : philosophiques, purement littéraires et juridiques. Ses meilleurs ouvrages philosophiques sont : l’Avancement des sciences (1605), une étude sur l’état des connaissances à son époque et le Novum Organum ou de l’interprétation de la nature (1620).

La philosophie de Bacon est centrée sur la conviction que l’Homme est le serviteur et l’interprète de la nature, que la vérité ne découle pas de l’autorité et que la connaissance est le fruit de l’expérience. On lui doit aussi une contribution en logique, à la méthode dite de l’inférence. Les logiciens avaient opéré l’induction avant lui par simple énumération, c’est-à-dire en inférant des conclusions générales à partir de données particulières. La méthode de Bacon consistait à inférer par analogie, à partir des caractéristiques ou des propriétés du groupe le plus large auquel appartiennent les données, laissant la correction d’erreurs évidentes à l’expérience ultérieure. Parce qu’elle a apporté une amélioration significative aux hypothèses scientifiques, cette méthode représente un progrès fondamental de la méthode scientifique.

Le Novum Organum a contribué à imposer l’observation exacte et l’expérimentation en science. Dans ce livre, Bacon montre la nécessité d’abandonner tous les préjugés et les attitudes préconçues, qu’il appelle idoles, que ceux-ci soient une propriété commune à la race, due à des modes communs de pensée (« idoles de la tribu »), la possession particulière de l’individu (« idoles de la caverne »), qu’ils proviennent d’une dépendance excessive envers le langage (« idoles du forum »), ou de la tradition (« idoles du théâtre »). Les principes exposés dans le Novum Organum ont exercé une grande influence sur le développement postérieur de l’empirisme. Mais c’est à tort (un tort propagé par Voltaire) que l’on verrait en Bacon un des fondateurs de la science moderne.

Les Essais, sa principale contribution à la littérature, furent publiés entre 1597 et 1625. Son Histoire de Henry VII est une illustration de ses talents de chercheur. Dans la Nouvelle Atlantide, œuvre pleine d’imagination, Bacon propose de constituer des académies scientifiques. Ses travaux professionnels comprennent les Maximes des lois (1630), Leçon sur le statut des coutumes (1642), des plaidoyers et des discours tenus au Parlement. La théorie qui faisait de Bacon l’auteur véritable des pièces de William Shakespeare a perdu tout crédit.

samedi 28 mars 2009

hannah arendt







1-Présentation:


Hannah Arendt (1906-1975), philosophe américaine d’origine allemande, dont les études sur le totalitarisme ont exercé une influence déterminante sur la philosophie politique contemporaine.

2-Sa vie:

Née à Hanovre, Hannah Arendt assiste, en 1924, aux cours de Martin Heidegger et de Rudolf Bultmann à l’université de Marburg puis, à Fribourg, à ceux de Edmund Husserl et de Karl Jaspers. En 1928, elle soutient sa thèse consacrée au concept d’amour chez saint Augustin, sous la direction de Karl Jaspers, avec lequel elle entretiendra une correspondance de 1926 jusqu’à la mort de celui-ci, en 1969.

Juive, elle quitte l’Allemagne en 1933 pour fuir le nazisme. Elle réside en France, puis elle rejoint les États-Unis en 1941. Elle enseigne alors la philosophie et les sciences politiques à l’université de Chicago, puis à la New School for Social Research de New York.

3-Analyse du totalitarisme:

Hannah Arendt a entrepris une vaste réflexion sur les implications historiques et philosophiques du phénomène totalitaire, qu’elle analyse comme une conséquence de la dissolution des classes sociales et de la dépolitisation du monde moderne. Les Origines du totalitarisme (1951) montre que « les mouvements totalitaires sont des organisations massives d’individus atomisés et isolés ». La perte du lien social est une condition déterminante de l’émergence de ces régimes, dont le ressort essentiel est la terreur.

D’autres éléments permettent de caractériser la société totalitaire : le culte du chef, l’organisation de la société sur le modèle militaire, la multiplication des organisations secrètes, l’exaltation du sentiment national renforcé par les rumeurs de complots généralisés et l’instauration d’une idéologie fondée sur l’article de foi « tout est possible » sont autant d’éléments qui favorisent et entretiennent la domination du sentiment communautaire sur les aspirations propres à l’individu. Cependant, Hannah Arendt, se refusant à toute analyse globalisante, n’a pas manqué de faire valoir qu’il restait toujours, dans l’apparition des totalitarismes comme dans celle des révolutions, une part inexplicable, irréductible à l’analyse des mouvements sociaux.

4-Réflexions sur la modernité:

Dans la Condition de l’homme moderne (1958), Hannah Arendt analyse le nouveau modèle de « vie active », qui s’est imposé contre le modèle « contemplatif », en développant des valeurs fondées sur « le travail, l’œuvre et l’action », et en contribuant à occulter les anciens repères inscrits dans la tradition. Poursuivant son entreprise de reconstruction du processus historique conduisant au totalitarisme, elle souligne le contraste apparu entre le type idéal de la communauté politique (la polis grecque du temps de Périclès) et la décadence de l’action politique dans la pensée occidentale contemporaine.

La Crise de la culture (1961) et l’Essai sur la révolution (1963) s’attachent à démontrer comment les révolutions démocratiques modernes ont opéré le passage d’une société fondée sur des valeurs de liberté à une société reposant sur la toute-puissance de l’État et de la bureaucratie.

Essentielle à la compréhension de l’histoire politique contemporaine, l’œuvre d’Hannah Arendt, que Raymond Aron a contribué à diffuser en France, a renouvelé la réflexion sur les concepts d’autorité, de liberté, de culture. Sa thèse sur la « banalité du mal », développée dans l’essai Eichmann à Jérusalem (1963), est une contribution importante, toujours étudiée, à l’analyse du nazisme. Le dernier ouvrage d’Hannah Arendt, la Vie de l’esprit, resté inachevé, a été publié à titre posthume (1978).

samedi 21 mars 2009

Paul Virilio

I-Présentation:
Paul Virilio est un urbaniste et essayiste français, né en 1932 à Paris d'un père communiste italien et d'une mère catholique bretonne. Enfant, il vit les bombardements de Nantes et en gardera un intérêt pour les choses de la guerre et une inquiétude pour la fragilité du monde urbain.


II-Sa vie:

Après une formation de maître verrier qu'il fait tout en suivant les cours de Vladimir Jankélévitch et de Raymond Aron à la Sorbonne, il collabore avec Henri Matisse à Saint-Paul-de-Vence et avec Georges Braque à Varengeville.

En 1963, il fonde avec Claude Parent, le groupe Architecture Principe, puis publie un premier manifeste pour une architecture oblique[1].

Professeur avec lui à l' École spéciale d'architecture à Paris, ils ont formé dans leur atelier plusieurs grands noms de l'architecture contemporaine française, comme Jean Nouvel. Son enseignement à l'ESA évolue vers l'urbanisme et l'architecture qu'il aborde en même temps comme un vaste système de réseaux dont il s'agit de catégoriser les objets, puis pondérer la hiérarchie par leurs vitesses.

Il a sû tellement bien mettre en évidence l'importance de l'espace concret dans la vie sociale, que plusieurs auteurs qui l'ont connu ont fait une œuvre remarquable sur ce sujet, comme Espèce d'espaces de Georges Perec, Énergie et équité d'Ivan Illich ou L'Art de faire de Michel de Certeau.

mercredi 11 mars 2009

Michel Foucault








1-Présentation:

Foucault, Michel (1926-1984), philosophe français.
Michel Foucault s’est efforcé de montrer que les représentations globales des phénomènes sociaux et humains, considérées souvent comme des vérités immuables, constituent en fait des unités discursives spécifiques, susceptibles de changer radicalement à mesure que les spécialistes adoptent des approches différentes. Ses recherches s'inscrivent dans la lignée de la pensée de Karl Marx, Sigmund Freud et du positivisme français.

Michel Foucault livre des conceptions novatrices, qui débouchent sur une remise en question de toutes les représentations communes, notamment sur l'hôpital et la « folie », les prisons, la police, le système d'assurance et, de façon générale, tous les phénomènes sociaux qui se situent à la frontière des sphères institutionnelle et idéologique.

2-Repères biographiques:

Né à Poitiers (Vienne), Michel Foucault étudie la philosophie et la psychologie, puis il entra à l'école normale supérieure à Paris. Pendant les années 1960, il occupe le poste de directeur du département de philosophie à l'université de Clermont-Ferrand et à l'université de Paris-Vincennes. En 1970, il est élu au Collège de France où il enseigne l'histoire des systèmes de pensée. Au cours des années 1970 et 1980, sa réputation internationale grandit et il multiplie les conférences à travers le monde.

3-Une réflexion philosophique sous influences:

Les deux philosophes qui influencent le plus la pensée de Foucault sont Friedrich Nietzsche et Martin Heidegger. Le premier soutient que la conduite humaine est motivée par une volonté de puissance et que les valeurs traditionnelles ont perdu leur emprise sur la société. Martin Heidegger critique pour sa part ce qu'il appelle « notre compréhension technologique commune de l'être ».

Michel Foucault explore à son tour la mutation des structures du pouvoir au sein de la société et les multiples mécanismes par lesquels le pouvoir se rattache au moi. Il étudie les règles fluctuantes qui sont susceptibles d'entrer en jeu dans les discours politiques des différentes périodes de l'histoire. Il analyse également la façon dont les pratiques quotidiennes permettent aux individus de définir leur identité et de systématiser leur connaissance. Il se présente lui-même comme un archéologue dont l'objet de recherche réside dans la constitution des clivages qui marquent la culture occidentale.

4-Une pensée novatrice:

4.1-Folie et langage:

On peut distinguer plusieurs périodes dans le développement de la pensée de Michel Foucault. Tout d'abord, dans l'Histoire de la folie à l'âge classique (1961), qu'il rédige alors qu'il est lecteur de français à l'université d'Uppsala, en Suède, il retrace comment, dans le monde occidental, la folie, d'abord considérée d'inspiration divine, en est venue à être conçue comme une maladie mentale, une forme de « déraison » qui nécessite l'isolement et l'enfermement. Dans ce livre, où il tente de dégager la spécificité de la folie, il affirme : « le langage est la structure première et dernière de la folie ; il en est la forme constituante. »

4.2-Évolution des sciences humaines

L'œuvre considérée comme la plus importante et la plus achevée de Michel Foucault est les Mots et les Choses (1966). Il y élabore une nouvelle conception de la science historique, en énonçant les deux concepts majeurs de sa pensée : la formation discursive, constitutive du regard de l'homme sur lui-même et ses propres conceptions ; la coupure épistémologique, rupture radicale qui marque la disparition de la précédente vision des choses et l'apparition d'une nouvelle formation discursive. Dans l'Archéologie du savoir (1969), il approfondit ces concepts.

4.3-L’homme et le pouvoir de la société

La dernière période de la pensée de Michel Foucault débute avec la publication de Surveiller et punir en 1975. Cet ouvrage, qui porte explicitement sur la question de savoir si l'emprisonnement est une punition plus humaine que la torture, aborde plus généralement la façon dont la société régit les individus en « dressant » leurs corps (voir histoire de l’enfermement). Pour Michel Foucault, l'enfermement a pour objectif d'investir « politiquement » les corps ; par la douceur ou la violence, il s'agit d'imposer la notion de norme. Ainsi, la notion de délinquance est le produit direct de la prison.

Les trois derniers ouvrages de Foucault, Histoire de la sexualité, tome I : la Volonté de savoir (1976), l'Usage des plaisirs (1984) et le Souci de soi (1984), font partie d'une histoire de la sexualité demeurée inachevée. Dans ces livres, Foucault parcourt les étapes par lesquelles les individus, dans les sociétés occidentales, en sont venus à se concevoir eux-mêmes comme des êtres sexués et rapporte ce concept de moi sexué à la vie morale et éthique de l'individu.

Dans tous les ouvrages de cette dernière période, Foucault s'efforce de montrer que la société occidentale a engendré une catégorie de pouvoir inédite, qu'il nomme biopouvoir, c'est-à-dire un nouveau système de contrôle que les conceptions traditionnelles de l'autorité sont incapables de comprendre et de critiquer. Loin d'être répressif, ce nouveau pouvoir accroît la vie. L'Histoire de la sexualité traduit ainsi une « histoire des problématiques éthiques faites à partir des pratiques de soi ». Foucault résume cette idée en 1984 dans les termes suivants : « le sexe n'est pas une fatalité ; il est une possibilité d'accéder à une vie créatrice. »

samedi 7 mars 2009

Max weber









I-Présentation:

Max
Weber (sociologue), (1864-1920), sociologue allemand qui ouvrit la voie à la sociologie comparative et s’interrogea sur les caractéristiques de la civilisation occidentale.

Né à Erfurt, Max Weber fit ses études aux universités de Heidelberg, Berlin et Göttingen. Juriste, professeur d’économie aux universités de Fribourg (1894), de Heidelberg (1897) et de Munich (1919), il fut également directeur de la revue allemande de sociologie Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik.

Sa sociologie, appelée « compréhensive », se propose de saisir les motivations ou les raisons d’agir des individus et d’en rendre compte en choisissant pour point de départ une approche individualiste. Il en vint ainsi à distinguer quatre types d’action sociale : l’action traditionnelle marquée par l’emprise du passé, l’action affective dominée par les pulsions, l’action rationnelle en valeur, guidée par les convictions, et enfin l’action rationnelle en finalité, commandée par le calcul et l’adéquation des moyens avec les fins dont on dispose. Ces formes d’action relèvent de la méthode wéberienne de l’idéal type, qui vise à construire un modèle explicatif de la réalité destiné à être testé à travers différents cas historiques.

Dans l’une de ses œuvres majeures, Die Protestantische Ethik und der Geist des Kapitalismus (l’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme, 1904-1905), il cherche à mettre en relation l’influence du calvinisme sur la diffusion de l’esprit du capitalisme : selon Weber, les deux éthos ont en commun de privilégier un comportement ascétique, qui satisfait aussi bien au salut de l’âme puritaine qu’à la dynamique de l’accumulation. Se refusant, à la différence de Marx, à trancher la question de la prédominance des valeurs ou du matérialisme, il conclut, en reprenant la formule de Goethe, à l’existence d’« affinités électives » unissant les deux univers.

II-Sa vie:

Élargissant son projet à l’étude de la civilisation occidentale, dont son ouvrage posthume Wirtschaft und Gesellschaft (Économie et Société, 1922) rend compte, il s’orienta vers l’étude du droit, des formes du pouvoir politique, de l’art, de la religion, tous ces domaines étant marqués, comme l’économie, par la rationalisation des activités sociales ou par le « désenchantement du monde », c’est-à-dire par le recours progressif au raisonnement rationnel en finalité au détriment des autres formes d’action sociale.

La sociologie de Max Weber est dénuée de toute vision prophétique contraire au principe de « neutralité axiologique », en vertu duquel son projet consiste à distinguer clairement le « rapport aux valeurs », qui éclaire le sociologue dans sa recherche, du « jugement de valeurs », nuisible à l’analyse. C’est dans cet esprit qu’il plaide, dans sa célèbre conférence de 1919, le Savant et le Politique, pour que la politique se retire de l’Université, en appelant à l’« éthique de responsabilité » des savants, laquelle ne saurait se confondre avec l’« éthique de conviction » qui guide l’action politique.

samedi 28 février 2009

Jean-Pierre Changeux




Jean-Pierre Changeux , né le 6 avril 1936, est neurobiologiste français. Il est professeur au Collège de France et directeur du laboratoire de neurobiologie moléculaire à l'Institut Pasteur. Il est membre de l'Académie des sciences depuis 1986 et a été président du Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé de 1992 à 1998. En 1992, il a reçu la médaille d'or du CNRS.

Jean-Pierre Changeux est président de la Commission interministérielle d'agrément pour la conservation du patrimoine artistique national, dite Commission des dations, qui examine l'acceptation des œuvres d'art proposées à l'État français en paiement de droits de succession. Il a lui-même donné des œuvres d'art à l'État dans ce cadre.

Le nom de Jean-Pierre Changeux commence à être cité dans le grand public avec le prix Nobel 1965 des Français Jacob, Lwoff et Monod[2].

Par leurs effets et répercussions pour l'intelligibilité du comportement humain, les trois points saillants des trouvailles de Jean-Pierre Changeux sont la plasticité ou « labilité synaptique » associée à la « stabilisation synaptique » et la « migration neurale » à certaines époques et sous certaines conditions.

Le cheval de bataille de Jean-Pierre Changeux est la plasticité ou « labilité synaptique » associée à la « stabilisation sélective ». Ce qui signifie que les neurones lancent leurs ramifications pour former de nouvelles synapses et fabriquer de nouveaux circuits fonctionnels. La labilité synaptique et la stabilisation sélective s'appuient sur la création de nouveaux circuits et la destruction d'anciens circuits inutilisés ou peu utilisés, dans le « câblage » (Jean-Pierre Changeux & Antoine Danchin, pp. 58-88, « Apprendre par stabilisation de synapses en cours de développement », dans Le Cerveau humain, tome 2 de la série L'Unité de l'homme, sous la direction d'Edgar Morin et de Massimo Piatelli/Palmarini, Seuil, Paris, 1974).

Il y a deux points de vue, selon que l'on adopte le modèle de l'horloge newtonienne ou celui de l'ordinateur qui s'auto-organise, à la limite, en « recâblant » les circuits de sa configuration, au besoin, à partir des composantes disponibles ou prises des circuits inutilisés ou peu utilisés. Ce qui signifie que la compétence intellectuelle et physique soit ce qui s'use lorsqu'on ne s'en sert pas.

« Les possibilités combinatoires liées au nombre et à la diversité des connexions du cerveau de l'homme paraissent effectivement suffisantes pour rendre compte des capacités humaines. Le clivage entre activités mentales et activités neuronales ne se justifie pas. Désormais, à quoi bon parler d'esprit? Il n'y a plus que deux aspects d'un seul et même événement que l'on pourra décrire avec des termes empruntés soit au langage du psychologue (ou de l'introspection), soit à celui du neurobiologiste. » (Jean-Pierre Changeux, L'homme neuronal, Fayard, Paris, 1983, p. 334)

Comme entre culture et communication, il s'agit de deux points de vue: celui qui prend la perspective de la structure et celui qui adopte l'aspect fonctionnel des activités.

Conclusion [modifier]

C'est l'hypothèse épigénétique qui construit l'approche de Jean Pierre Changeux, hypothèse selon laquelle l'évolution du cerveau superpose, à l'action des gènes, un développement intrinsèque coordonné par l'apprentissage et l'expérience propre à chaque individu.

Nos facultés de penser et de posséder une conscience réflexive, notre capacité à produire, communiquer et accumuler des connaissances, ainsi que L'aspiration permanente de l'être humain à trouver une vérité et une éthique communes sont ainsi examinées avec le regard du scientifique.

« Les hommes jugent des choses selon la disposition de leur cerveau », et ils agissent cependant selon leur propre système de valeurs.

J.P. Changeux le dit et le sait. Pourtant, comme nous tous il se bat pour pouvoir cerner ou connaître ses propres « verrous ».

Notre conscience (réflexive) ne peut les percevoir qu'après la nouvelle synthèse faite. L’approche de J.P. Changeux, que nous retrouvons chez tous les évolutionnistes consiste à montrer comment les premières cellules ont pu donner naissance de proche en proche à des sociétés d’humains capables d’unir leurs forces à travers les sciences et les techniques pour concrétiser des représentations du monde nées de leurs interactions avec ce même monde.

Honneurs [modifier]

* 1977 - Prix Alexandre-Joannidès de l'Académie des sciences
* 1978 - Prix Gairdner
* 1982 - Prix Richard-Lounsbery de l'Académie des sciences
* 1983 - Prix littéraire Broquette-Gonin de l'Académie française pour l'Homme neuronal
* 1985 - prix Céline.
* 1986 - Prix F.-O- Schmitt du Neurosciences Research Institute.
* 1988 - Prix Rita-Levi-Montalcini de la fondation Fidia.
* 1990 - Prix Bristol-Myers-Squibb du Neurosciences Research Institute.
* 1991 - Medaille Carl-Gustav-Bernhard de l'Académie des sciences suédoise.
* 1992 - Médaille d'or du CNRS.
* 1993 - Prix de médecine Louis-Jeantet
* 1994 - Goodman and Gilman Award
* 1996 - Médaille Max-Delbrück
* 1997 - Grand Prix de la Fondation pour la recherche médicale, Paris
* 1997 - Prix Jean-Louis Signoret, en neuropsychologie, Fondation Ipsen
* 1998 - Prix Emanuel Merck en Chimie, Darmstadt
* 1998/1999 - Linus Pauling medal, Stanford, USA
* 1999 - Prix Eli Lilly, en Neuroscience préclinique, Collège européen de Neuropsychopharmacologie, Londres
* 2000 - Langley Award for basic research on nicotine and tobacco, Washington
* 2001 - Prix Balzan en Neuroscience Cognitive, Berne
* 2005 - Rockefeller University's science writing prize
* 2006 - Award of the Biotechnology Study Center de la New York University School of Medicine, avec Eric R. Kandel (Prix Nobel de physiologie ou de médecine en 2000), et Charles Weissmann.

Notes [modifier]

1. ↑ Jean-Pierre Changeux, mécène de la peinture française, http://www.canalacademie.com/Les-passions-de-l-ame.html [archive]
2. ↑ « Avec Jean-Pierre Changeux, François Jacob et Jacques Monod ont fourni l'explication de ce phénomène : l'isoleucine modifie la structure des enzymes intervenant dans sa fabrication, les rendant inactifs », Science et vie no580, juin 1966, Les trois Nobel français, page 48.

Références bibliographiques [modifier]

* Jean-Pierre Changeux & Antoine Danchin, pp. 58-88, « Apprendre par stabilisation de synapses en cours de développement », dans Le Cerveau humain, tome 2 de la série L'Unité de l'homme, sous la direction d'Edgar Morin et de Massimo Piatelli/Palmarini, Seuil, Paris, 1974)
* Jean-Pierre Changeux, L'Homme neuronal, Fayard, Paris, 1983

Articles scientifiques majeurs

* Monod J, Wyman J, Changeux JP (1965). On the nature of allosteric transitions: a plausible model. Journal of Molecular Biology 12: 88-118. Article classique où Jacques Monod, Jeffries Wyman et Jean-Pierre Changeux présentent le MWC model, qui explique les propriétés de coopérativité que l'on trouve dans les protéines allosterie, comme l'hémoglobine.
* Changeux JP, Kasai M, Lee CY (1970). Use of a snake venom toxin to characterize cholinergic receptor protein. Proceedings of the National Academy of Sciences USA 67: 1241-1247 (première purification d'un récepteur de neurotransmetteur)
* Changeux JP, Courrege P, Danchin A (1973). Theory of epigenesis of neuronal networks by selective stabilization of synapses. Proceedings of the National Academy of Sciences USA 70: 2974-2978.
* Giraudat J, Dennis M, Heidmann T, Chang JY, Changeux JP (1986). Structure of the high affinity site for noncompetitive blockers of the acetylcholine receptor: serine-262 of the delta subunit is labeled by [3H]-chlorpromazine. Proceedings of the National Academy of Sciences USA 83: 2719-2723.

Autres Publications scientifiques

* Nonmyogenic factors bind nicotinic acetylcholine promoter elements required for response to denervation. by Bessereau J.-L., Laudenbach V., Le Poupon C., Changeux J.-P. (1998).J Biol Chem, 273 : 12786-12793. 98250719
* Brain nicotinic receptors: structure and regulation, role in learning and reinforcement. by Changeux J.-P., Bertrand D., Corringer P.-J., Dehaene S., Edelstein S., Léna C., Le Novère N., Marubio L., Picciotto M., Zoli M. (1998). Brain Res Rev, 26 : 198-216. 98316245
* Hierarchical neuronal modeling of cognitive functions : from synaptic transmission to the Tower of London. Changeux J.-P., Dehaene S. (1998). CR Acad Sci Paris 321, 241-247. 98431512
* Drug use and abuse. by Changeux J.-P. (1998). J Am Acad Arts Sci Daedalus, 127 : 145-165.
* Allosteric receptors after 30 years. by Changeux JP, Edelstein SJ (1998). Neuron 1998 21(5):959-80. 99072274
* Critical elements determining diversity in agonist binding and desensitization of neuronal nicotinic acetylcholine receptors. by Corringer PJ, Bertrand S, Bohler S, Edelstein SJ, Changeux JP, Bertrand D (1998). J Neurosci 18 : 648-657. 98086317
* A neuronal model of a global workspace in effortful cognitive tasks. by Dehaene S, Kerszberg M, Changeux JP (1998). Proc Natl Acad Sci USA 95 : 14529-14534. 9904571898316245
* Allosteric transitions of the acetylcholine receptor. by Edelstein S., Changeux J.P. (1998). In Linkage thermodynamics of macromolecular interactions. Advances in protein chemistry. 51 : 121-184. 98277375
* Differential susceptibility of young and old rat neuromuscular junctions to antibody-mediated AChR degradation in experimental autoimmune myasthenia gravis. by Hoedemaekers A, Bessereau JL, Graus Y, Guyon T, Changeux JP, Berrih-Aknin S, Van Breda Vriesman P, De Baets M (1998). Ann N Y Acad Sci 13;841:550-4. 98332890
* Role of the target organ in determining susceptibility to experimental autoimmune myasthenia gravis. Hoedemaekers A, Bessereau JL, Graus Y, Guyon T, Changeux JP, Berrih-Aknin S, van Breda Vriesman P, De Baets MH (1998). J Neuroimmunol 14;89(1-2):131-41. 98393436
* Mechanisms for positional signalling by morphogen transport : a theoretical study. by Kerszberg M., Wolpert L. (1998). J Theor Biol 191 : 103-114. 98256415
* A simple model of neurulation. by Kerszberg M., Changeux J.P. (1998).Bioessay, 20 : 758-770. 99037000
* Ivermectin : a positive allosteric effector of the a7 neuronal nicotinic acetylcholine receptors. by hKrause R.M., Bertrand S., Corringer P.J., Galzi J.L., Changeux J.-P., Bertrand D. (1998). Mol Pharmacol 53, 283-294. 98130700
* Identification of Four Classes of Brain Nicotinic Receptors Using b2 Mutant Mice. by Zoli M, Léna C, Picciotto MR, Changeux JP (1998). J Neurosci 18 : 4461-4472. 98279059

dimanche 22 février 2009

Jean Jacque Rousseau









1-Présentation:
Rousseau, Jean-Jacques (1712-1778), écrivain et philosophe genevois de langue française, auteur des Confessions, l’une des principales figures du siècle des Lumières.

2-Les années de formation: Né dans la république calviniste de Genève, Jean-Jacques Rousseau perd sa mère quelques jours après sa naissance. Vers l’âge de douze ans, il commence un apprentissage de graveur mais, malheureux chez son maître, il prend la fuite au bout de quelques années et passe à pied en Savoie (1728). Rousseau est recueilli par Mme de Warens, jeune dame pieuse qui devient sa protectrice et qui le convertit au catholicisme. Après de nouvelles errances, il revient auprès de Mme de Warens, devenue sa maîtresse, goûter les délices d’un bonheur paisible. Les Charmettes, près de Chambéry, prêtent à cet amour leur cadre idyllique et bienveillant jusqu’en 1737, date d’arrivée d’un nouveau rival.

3-Les débuts dans le monde:
En 1742, Jean-Jacques Rousseau se rend à Paris pour y gagner sa vie comme maître de musique, copiste et secrétaire particulier. Il se lie d’amitié avec Denis Diderot et rédige des articles sur la musique pour l’Encyclopédie. Son nouveau système de notation musicale n’ayant pas été admis par l’Académie, il se met à composer un opéra, les Muses galantes (1744), qui ne remporte pas le succès attendu. En 1745, il rencontre une jeune lingère, Thérèse Levasseur, qui sera sa compagne jusqu’à sa mort. Cinq enfants naissent de ce couple, tous placés par leur père à l’hospice des Enfants-Trouvés.

4-L'illumination de Vincennes: La vocation littéraire de Rousseau — il le racontera par la suite — survient un jour de 1749. En allant rendre visite à Diderot enfermé au donjon de Vincennes, il lit le sujet du concours de l’Académie de Dijon : « … si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à corrompre ou à épurer les mœurs ». Une foule d’idées se pressent alors dans son esprit. Il prend la plume et rédige son Discours sur les sciences et les arts, soutenant que les « progrès » de la civilisation dénaturent l’Homme ; un an plus tard, il apprend qu’il a remporté le prix. Publié en 1750, ce premier ouvrage provoque immédiatement des réactions diverses et, en six mois, son auteur se trouve au centre de tous les cercles intellectuels et mondains.

5-Grandes œuvres et polémiques: Après le triomphe d’un nouvel opéra, le Devin du village (1752), Rousseau compose coup sur coup ses grandes œuvres : le Discours sur l’origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755), la Lettre à d’Alembert sur les spectacles (1758), Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761), Du contrat social (1762) et Émile ou De l’éducation (1762). En 1762, ce dernier ouvrage est condamné par le parlement de Paris. Pour échapper à son arrestation, Rousseau mène une vie errante pendant huit années. Fuyant de refuge en refuge, notamment en Angleterre à la rencontre du philosophe David Hume, il compose divers écrits, parmi lesquels les Lettres écrites de la montagne (1764), où il répond à ses accusateurs. Les attaques de ses détracteurs et la solitude aggravent chez Rousseau un sentiment de persécution déjà latent et le persuadent peu à peu qu’il est la proie d’un complot, en particulier de la part des encyclopédistes avec qui il est brouillé. En 1770, il revient se fixer à Paris et s’engage à ne plus rien publier de son vivant. Les Confessions (1765-1770, édition posthume 1782-1789), Rousseau juge de Jean-Jacques ou Dialogues (1772-1776, posthume 1789) et les Rêveries du promeneur solitaire (1776-1778, posthume 1782) ne paraîtront qu’après sa mort, survenue à Ermenonville. Ses cendres ont été transférées au Panthéon par la Convention en 1794.

6-Pensée et influence: Rousseau est, certes, un philosophe des Lumières, en raison du caractère révolutionnaire de ses idées, mais il est aussi à contre-courant de la confiance de son époque dans le progrès. Ce paradoxe qui anime l’ensemble de ses écrits s’applique à la morale, à la politique, à l’éducation et à la religion. Constant leitmotiv, la nature est le fondement et le principe auquel il ne cesse de se référer. L’influence des idées de Rousseau est très nette dans la doctrine politique révolutionnaire mais elle perdure également tout au long du XIXe siècle dans l’ensemble des sciences humaines. L’héritage de Rousseau n’est pourtant pas seulement d’ordre philosophique, puisqu’il est aussi à l’origine d’une nouvelle forme de sensibilité. Son univers hanté par la rêverie, la contemplation de la nature, le goût insulaire et la solitude ont en effet marqué la littérature du siècle suivant, à tel point que Rousseau est généralement considéré comme l’un des précurseurs du romantisme.

samedi 21 février 2009

Claude Lévi-Strauss








1-Présentation:Lévi-Strauss, Claude (1908– ), anthropologue français dont les travaux sur la prohibition de l’inceste, les structures sociales de la parenté et les règles du mariage ont profondément marqué l’anthropologie moderne.

2-La formation:Né à Bruxelles, Claude Lévi-Strauss poursuit ses études à Paris où il obtient, en 1931, l’agrégation de philosophie. Après quelques années d’enseignement en France, il est nommé auprès de la mission universitaire de São Paulo, au Brésil où, de 1935 à 1938, il effectue plusieurs missions ethnographiques (dans le Mato Grosso, puis en Amazonie).

Durant la Seconde Guerre mondiale, il quitte la France pour les États-Unis, où il occupe divers postes jusqu’en 1948 (enseignant, conseiller culturel auprès de l’Ambassade de France). Peu après son retour en France, il passe avec succès son doctorat (les Structures élémentaires de la parenté, 1949) et présente sa thèse complémentaire (la Vie familiale et sociale des Indiens nambikwara). Simultanément, il devient sous-directeur du musée de l’Homme et directeur d’études à l’École pratique des hautes études (Ve section). En 1973, il est élu à l’Académie française.

Jusqu’en 1982, date à laquelle il prend sa retraite, il occupe diverses fonctions : professeur au Collège de France (à partir de 1959), directeur du Laboratoire d’anthropologie sociale (fondé par lui-même en 1960) ; responsabilités à travers lesquelles il marque plusieurs générations de chercheurs qu’il forme et initie à l’anthropologie structurale. Il a raconté la naissance de sa vocation d’anthropologue et ses premières expéditions chez les Indiens du Brésil dans Tristes Tropiques (1955), journal de bord ethnographique aux tonalités littéraires et philosophiques, et autobiographie intellectuelle.

3-L’anthropologie structuraleQu’il s’agisse des peuples de l’Afrique, des Amériques ou de l’Europe, l’anthropologie contemporaine reconnaît le fait de la diversité culturelle, la pluralité des groupes sociaux, des civilisations et des systèmes d’organisations dont les différences tiennent à des circonstances géographiques, historiques et sociologiques. L’une des questions majeures qui sous-tend l’œuvre de Lévi-Strauss est de savoir comment appliquer à des ordres de faits culturellement disparates une méthode de connaissance permettant de dégager une unité de structure anthropologique entre les représentations humaines et leurs manifestations institutionnelles. Il n’est pas question de gommer les différences entre les sociétés humaines, mais de contribuer à mettre au jour des mécanismes d’interactions entre les hommes et leur milieu, de saisir les modalités du passage de la nature à la culture humaine pour comprendre ce qui constitue l’unité de l’homme.

Dans cette perspective, un article de Lévi-Strauss fait date : « l’Analyse structurale en linguistique et en anthropologie » (1945), repris dans Anthropologie structurale I (1958), où il formule les principes fondamentaux de sa méthode de recherche. Inspiré par les travaux de la linguistique — notamment par ceux de Nicolas Troubetskoï et de Roman Jakobson avec qui il se lie d’amitié — Lévi-Strauss postule que les faits sociaux sont structurés par un ensemble de déterminations inconscientes qui s’articulent de manière à former un système organisé. Chacun des éléments de ce système ne se définit que dans la relation qu’il entretient avec les autres ; l’analyse structurale consiste donc à dégager les lois générales qui régissent ces relations. Telle est la méthode appliquée dans son maître ouvrage, les Structures élémentaires de la parenté (1949), où sont analysées les formes prototypiques de l’alliance matrimoniale. Il s’agit pour Lévi-Strauss de montrer que, sous la diversité des systèmes de parenté propres à chaque société, il existe des règles universelles. Ainsi en est-il de l’interdit concernant l’inceste qui, dans toutes les sociétés et de manière diversement codifiée, conditionne les relations d’alliance matrimoniale.

4-Les Mythologiques:L’application de l’analyse structurale à l’étude des mythes est centrale dans l’œuvre de Lévi-Strauss. Les mythes sont une forme du récit qu’il faut considérer comme un instrument intellectuel à partir duquel les sociétés formulent des réponses originales à des questions que se pose l’humanité en général (origine du monde, de l’Homme, phénomènes astronomiques, météorologiques, etc.).

L’objectif fixé par les quatre volumes des Mythologiques (le Cru et le Cuit, 1964 ; Du miel aux cendres, 1966 ; l’Origine des manières de table, 1968 ; l’Homme nu, 1971) est de comprendre les mécanismes de construction de la pensée mythique ; mais c’est aussi une véritable plongée dans les catégories les plus fondamentales de la pensée symbolique. Cette vaste enquête prolonge, en quelque sorte, l’étude des systèmes de parenté qui sont aussi des systèmes de symboles offrant un terrain privilégié pour saisir la spécificité de l’esprit humain.

Conjointement, à travers l’analyse structurale, la recherche de Lévi-Strauss amène à cette constatation majeure : tout système mythologique est le reflet d’une structure sociale indissociable d’un système de valeurs déterminé. Étudier et comparer les mythes, c’est découvrir comment, dans une société donnée, les techniques, l’art, les croyances religieuses, l’économie, l’organisation politique, les liens de parenté sont des aspects interdépendants de la vie sociale et constituent des domaines qui se répondent à des niveaux différents d’une même structure.

Dans cette ligne, avec le Totémisme aujourd’hui (1962) et la Pensée sauvage (1962), Lévi-Strauss montre que, loin d’être l’expression d’une mentalité primitive et arbitraire de l’Homme, les mythes traduisent des opérations de pensée complexes et fournissent des modèles logiques à travers lesquels les sociétés dites « traditionnelles » structurent leurs représentations du monde et d’elles-mêmes.

5-Un humaniste dans le siècle:En 1952, sur une commande de l’Unesco, Lévi-Strauss rédige un texte intitulé Race et Histoire (repris dans Anthropologie structurale II, 1973) qui donne au structuralisme la dimension d’un nouvel humanisme. Mettant à profit les acquis de la réflexion ethnologique, Lévi-Strauss récuse l’idéologie raciste en remettant en cause le préjugé d’une relation entre l’apparence physique d’un individu et ses dispositions morales, et l’idée d’une hiérarchisation des « races » fonction de leurs productions culturelles. C’est pourquoi Lévi-Strauss rejette la notion de « progrès » liée à l’histoire et au développement technique de la civilisation occidentale, parce qu’elle « implique l’idée que certaines cultures, en des temps et en des lieux déterminés, sont supérieures à d’autres, puisqu’elles ont produit des œuvres dont ces dernières se sont montrées incapable de produire » (De près et de loin, 1988). On ne saurait donc se pencher sur le problème de « l’inégalité des races humaines » sans aborder le problème de la diversité entre des cultures humaines qui conditionne la perception d’une différence de « nature » entre les groupements humains.

Enfin, il est absurde de décréter qu’une culture est « supérieure » à une autre, car dans l’humanité aucune société ne s’est développée à l’écart des autres : aucun groupement social n’étant jamais absolument endogène, il est le produit historique d’échanges et de relations « interhumaines », au cours desquelles ont fusionné des influences culturelles variées.

lundi 26 janvier 2009

Thomas Hobbes








I-Présentation:

Hobbes, Thomas (1588-1679), philosophe anglais, auteur de la célèbre formule « l’Homme est un loup pour l’Homme » et d’une description du comportement humain selon une perspective mécaniste et naturaliste.

Né à Westport, Hobbes fait ses études à Magdalen Hall (Oxford). En 1608, il devient précepteur de William Cavendish, futur comte du Devon. Au cours des années suivantes, il effectue plusieurs voyages à travers la France et l’Italie en compagnie de son élève et, plus tard, du fils de celui-ci. Au cours de ces voyages, Hobbes rencontre plusieurs grands penseurs de son temps, notamment Galilée, René Descartes et Pierre Gassendi, qui auront une influence décisive sur sa pensée.


II-La vie:

En 1637, alors qu’il se trouve en Angleterre, il prend intérêt à la bataille constitutionnelle qui oppose le roi Charles Ier au Parlement. Il se met à travailler à un petit traité rédigé en anglais, dans lequel il prend la défense de la prérogative royale. Cet écrit circule officieusement en 1640 sous le titre Elements of Law (Éléments du droit naturel et politique). Lorsque les tensions politiques précédant la guerre civile éclatent la même année, Hobbes, craignant que le Long Parlement ne l’arrête en raison de ce livre, s’enfuit à Paris, où il demeure en exil volontaire pendant onze ans.

En 1642, il achève De Cive, qui expose sa théorie du gouvernement. De 1646 à 1648, il est précepteur du prince de Galles, futur roi Charles II, en exil à Paris. L’œuvre la plus célèbre de Hobbes, le Léviathan (1651), est un exposé magistral de sa doctrine de la souveraineté. Cette œuvre est interprétée par les disciples du prince en exil comme une justification de l’État et éveille, par son attaque contre la papauté, la suspicion des autorités françaises. Craignant de nouveau une arrestation, Hobbes rentre en Angleterre.

Lorsque le Commonwealth prend fin en 1660 et que son ancien élève accède au trône, Hobbes connaît un regain de faveur. En 1666, cependant, la Chambre des communes publie une ordonnance qui met le Léviathan au nombre des livres sur lesquels pèse l’accusation de tendances athées. Cette mesure entraîne Hobbes à brûler bon nombre de ses documents et à différer la publication de trois de ses œuvres.

À l’âge de quatre-vingt-quatre ans, Hobbes rédige une autobiographie en vers latins ; au cours des trois années suivantes, il traduit en vers anglais l’Iliade et l’Odyssée d’Homère.

La philosophie de Hobbes constitue une réaction à la liberté de conscience instaurée par la Réforme, laquelle génère, selon lui, l’anarchie. Il opère la scission de la philosophie anglaise et de la scolastique, et cherche à appliquer aux êtres humains, à la fois artisans et sujets de la société, les principes de la physique qui gouvernent le monde matériel.

Hobbes élabore sa théorie politique et son éthique sur une base naturaliste. Il soutient que « l’Homme est un loup pour l’Homme » et que pour échapper à la crainte de la mort qui guettait les individus isolés dans l’« état de nature », avant la naissance de l’État, ceux-ci se résolurent à s’imposer des lois fondées sur le contrat social. Selon Hobbes, afin de garantir la sécurité des personnes et des biens — vocation première de l’État —, les citoyens doivent se soumettre au même type de contrat social qui a permis d’instaurer la société civile : ils doivent renoncer à leur pouvoir politique et économique en faveur du prince, qui, bien qu’il ne soit pas infaillible, est le seul à pouvoir épargner à ses sujets les conflits sociaux auxquels les portent leurs inclinations naturelles.

Baruch Spinoza










1-Présentation:

Spinoza, Baruch (1632-1677), philosophe rationaliste et penseur religieux hollandais, considéré comme le plus important représentant moderne du panthéisme.

Né de parents juifs d'origine espagnole et portugaise à Amsterdam, Spinoza reçoit une solide éducation hébraïque classique. Plus tard, il se détache cependant du judaïsme établi, après ses études de science physique et la lecture des écrits de Thomas Hobbes et de René Descartes. En 1656, il est excommunié par les rabbins qui obtiennent son bannissement d'Amsterdam.

Pendant cinq ans, Spinoza demeure dans les faubourgs de la ville, vivant du polissage de verres optiques. À cette époque, il écrit son premier ouvrage philosophique, Court Traité sur Dieu, l'homme et sa félicité, qui annonce les grandes lignes de son système philosophique ultérieur. Le Tractatus theologico-politicus (Traité théologico-politique) et la dissertation De intellectus emendatione (De la réforme de l'entendement) datent vraisemblablement aussi de cette époque, bien que le premier n'ait été publié qu'en 1670 et le second en 1677. En 1661, Spinoza s'installe à Rijnsburg, aux environs de Leyde, puis, deux ou trois ans plus tard, à Voorburg, non loin de La Haye. Peu après, alors qu'il s'apprête à s'installer à La Haye même, une chaire de philosophie à l'université de Heidelberg lui est proposée par l'électeur palatin Charles Louis. Mais Spinoza décline l'offre, redoutant les restrictions que pourraient imposer les théologiens à son activité intellectuelle. Spinoza refuse également une pension que lui offre Louis XIV, sous la condition qu'une de ses œuvres lui soit dédiée.

2-Philosophie:

La pensée de Spinoza trouve son expression la plus complète dans Ethica more geometrico demonstrata (l'Éthique démontrée selon la méthode géométrique, 1674). Selon ce traité, l'univers est identique à Dieu, qui est la « substance » non-causée de toutes choses. La conception spinoziste de la substance, inspirée des philosophes scolastiques, n'est pas celle d'une réalité matérielle, mais plutôt celle d'une entité métaphysique, le fondement global et autosuffisant de toute réalité. Spinoza admet l'existence éventuelle, en nombre infini, d'attributs de la substance, mais il soutient que seuls deux de ces attributs sont accessibles à l'esprit humain, à savoir l'étendue, ou monde des corps matériels, et la pensée consciente. Dans sa représentation, la pensée et l'étendue dépendent d'une réalité ultime, dans laquelle elles existent, et qui est Dieu. Dans le système de Spinoza, la causalité peut exister dans l'attribut étendue entre objets singuliers, c'est-à-dire entre corps physiques ou dans l'attribut pensée, entre idées singulières, mais non entre objets et idées. Afin de rendre compte des interactions causales apparentes entre objets et idées, Spinoza avance la théorie dite du « parallélisme », selon laquelle toute idée a son équivalent physique et, inversement, tout objet physique, son idée qui lui correspond.

Quant à la singularité des choses, que ce soit celle d'objets physiques ou celle d'idées, Spinoza l'explique en termes de modes particuliers de la substance. Tous les objets particuliers sont des modes de Dieu dans l'attribut étendue et toutes les idées particulières sont des modes de Dieu dans l'attribut pensée. Les modes sont des natura naturata, « nature naturée », ou nature dans la multiplicité de ses manifestations ; la substance ou Dieu est natura naturans, « nature naturante », ou nature dans son unité créatrice, agissant comme le déterminant de ses modes propres. Les modes sont transitoires et leur existence suppose la forme temporelle. Dieu est éternel, transcendant tous les changements modaux. En conséquence, les choses particulières, qu'elles relèvent de l'étendue ou de la pensée, sont finies et éphémères. Pourtant, Spinoza affirme l'existence d'un monde indestructible. Ce monde ne saurait être trouvé dans l'ordre des choses existantes mais dans celui de l'essence. La connaissance intuitive qu'a l'humanité de Dieu est la source de l'amour intellectuel de Dieu (amor Dei intellectualis), qui, lui, fait partie de l'amour que Dieu se porte à lui-même.

La doctrine spinoziste des essences est apparentée à la conception scolastique des « réalités » et aux Idées de Platon, tout en s'en distinguant par d'importants aspects. Spinoza conçoit les essences comme des entités conceptuelles de l'aspect universel de toute chose. La différence fondamentale entre les existences et les essences dans la cosmologie de Spinoza est que l'être des premières se trouve dans le temps et que les secondes se situent en dehors du temps. Puisque la mortalité ne concerne que les choses assujetties à la loi du temps, l'ordre des essences, qui est intemporel, doit par conséquent être éternel. Néanmoins, l'ordre des essences est un ordre d'être immanent.

Toute existence a donc un caractère universel ou essentiel, bien que pour réaliser ce caractère, la chose existante doit transcender sa propre forme intrinsèque, en d'autres termes, se libérer des limites de sa propre structure. L'ordre des essences a ainsi une sorte d'être au sein de l'ordre des existences (le premier étant la cause immanente du second), sans toutefois partager ses limites temporelles. La causalité immanente, dans la métaphysique de Spinoza, signifie autocausalité, et ce qui est autodéterminé est libre. À partir de ce raisonnement, Spinoza développe sa doctrine de la liberté comme bien accessible seulement dans l'ordre des essences. Dans l'un et l'autre de ses attributs (étendue ou pensée), l'existence est asservissement, tout corps existant étant déterminé par ses propres séries causales ; tout corps particulier ou idée particulière est soumis à d'autres corps ou idées et la forme de son être est déterminée par ceux-ci. Ce n'est que dans l'être intemporel, qui est sa propre cause, et donc dans l'être universel et immanent que la liberté totale est possible ; ce n'est que par l'identification avec la substance, ou Dieu, que l'on touche à l'immortalité, et, avec elle, à la paix.

3-Rejet de la tradition:

Spinoza rejette l'idée de la Providence et du libre arbitre, et son concept d'un Dieu impersonnel suscite beaucoup d'hostilité chez ses contemporains. À bien des égards, sa position est unique dans l'histoire de la philosophie. Il n'appartenait à aucune école, il n'en a fondé aucune. Si son œuvre s'inspire, peu ou prou, de la pensée de quelques-uns de ses prédécesseurs, elle se distingue par son originalité, même par rapport à la pensée d'un Descartes. La pensée de Spinoza qui compte parmi les plus grands penseurs de la philosophie n’est reconnue qu'un siècle après sa mort, et si son système ne donne naissance à aucun véritable mouvement, son influence ne peut être comparée qu'à celle de la philosophie d'Emmanuel Kant. Non seulement les métaphysiciens, mais aussi des poètes comme Goethe, William Wordsworth et Percy Shelley se sont inspiré des œuvres de Spinoza dont la pensée se prolonge dans la poésie panthéiste.

Theodor Adorno






I-Présentation:

Adorno, Theodor (1903-1969), philosophe et musicologue allemand, membre de l'école de Francfort.

II-La vie:

Il naquit à Francfort-sur-le-Main le 11 septembre 1903, et poursuivit ses études de doctorat de philosophie à l'université Johann Wolfgang Goethe de Francfort de 1921 à 1924. Il séjourna à Vienne de 1925 à 1928, et fut étudiant du compositeur Alban Berg à Vienne. Il fut un fervent partisan de la musique de la seconde école de Vienne. Il enseigna à Francfort jusqu'en 1933 puis quitta l'Allemagne à l'arrivée au pouvoir de Hitler. Il séjourna d'abord en Grande-Bretagne et enseigna à Oxford. Durant cette période, il publia des articles dans lesquels il développe un projet d'une théorie sociale de la musique. En 1938, il émigra aux États-Unis et travailla avec Max Horkheimer à la rédaction de Dialektik der Aufklärung (« Dialectique de la raison », 1947).
Adorno rentra en Allemagne en 1949 et reprit son enseignement à Francfort en 1951. Une part importante de son enseignement fut consacrée à l'élaboration de sa Théorie esthétique (1970). Contrairement à Horkheimer, Adorno continua à insister sur l'importance centrale de la structure de classes des sociétés modernes dans des livres comme Minima Moralia : Réflexions sur la vie mutilée (1951), sa réaction à l'effondrement de la civilisation européenne durant la Seconde Guerre mondiale, Jargon der Eigentlichkeit (« Jargon de l'authenticité », 1964), critique du philosophe Martin Heidegger, et dans d'autres ouvrages réfutant la possibilité d'une vérité objective. Il mourut le 6 août 1969.
Adorno doit sans doute son influence la plus durable aux concepts qu'il avait forgés conjointement avec Horkheimer : la « rationalité instrumentale ». La raison, qui constitue un des concepts centraux de la philosophie des Lumières, et qui peut être comprise comme le fondement du développement des sociétés occidentales, est détournée et corrompue par les systèmes de domination. Les classes dominantes subjectivisent la raison et l'infléchissent pour lui faire servir ses intérêts particuliers, à travers « l'industrie de la culture » par exemple, qui transforme les œuvres d'art en marchandises. Voir aussi Marxisme.

samedi 17 janvier 2009

Epicure








Épicure (341-270 av. J.-C.), philosophe grec, fondateur de l’école du « Jardin », que la postérité retiendra sous l’appellation d’épicurisme.

Né sur l’île de Samos d’une famille athénienne, Épicure est formé par son père, maître d’école, et s’intéresse à la philosophie dès l’âge de douze ans, dit-on, suivant, notamment, l’enseignement de Pamphile et de Nausiphane. À l’âge de dix-huit ans, il part pour Athènes accomplir son service militaire, et y demeure deux années, pendant lesquelles il entend Xénocrate à l’Académie. On ignore précisément ce que fait Épicure durant les années suivantes, mais on sait qu’il fonde une école à Mytilène, sur l’île de Lesbos, vers 311 et, deux ou trois années plus tard, qu’il assume la direction d’une autre à Lampsaque. De retour à Athènes en 306, il s’y installe définitivement, professant sa doctrine à des disciples dévoués. Les cours ayant lieu dans le jardin de sa maison, l’école d’Épicure est surnommée « le Jardin ». Des étudiants y affluent, venus de toute la Grèce et de l’Asie Mineure, attirés autant par le charme de la personnalité d’Épicure que par ses enseignements. L’école d’Athènes gardera par ailleurs des liens étroits avec les autres centres épicuriens, à Mytilène et à Lampsaque, entretenue grâce à une abondante relation épistolaire du Maître.

Épicure a en effet été un auteur prolifique. Selon sa biographie relatée par Diogène Laërce, il a laissé trois cents manuscrits, dont trente-sept traités sur la physique et de nombreux ouvrages sur l’amour, la justice, les dieux, etc. De tous ces écrits, seules trois lettres et un nombre de courts fragments ont été conservés dans la biographie de Diogène Laërce. Les principales sources d’information et de discussion concernant le système d’Épicure sont les écrits de Cicéron, Sénèque, Plutarque et Lucrèce, dont le poème De rerum natura (De la nature) expose l’épicurisme.

La doctrine éthique enseignée par Épicure prône essentiellement la quête du bonheur, à laquelle on peut accéder en valorisant des qualités morales telles que l’amitié et l’entraide. Fondé sur la frugalité, le désintérêt du politique, l’égalité, le système philosophique épicurien proclame enfin le droit de philosopher, accordé à tout un chacun, qu’il soit homme, femme, riche, pauvre ou esclave.

samedi 10 janvier 2009

Emmanuel Kant










1-Présentation:


Kant, Emmanuel (1724-1804), philosophe allemand, fondateur de la philosophie critique, qui a été à l’origine d’une véritable « révolution copernicienne » en philosophie.



2-Vie:

Né à Königsberg (Prusse orientale), d’origine modeste, Kant fréquente le Collegium Fredericianum, dirigé par un pasteur piétiste. À l’université, il suit l’enseignement de Martin Knutzen, newtonien et wolffien, et étudie la physique, les sciences naturelles, les mathématiques et la philosophie. En 1746, contraint d’interrompre sa carrière universitaire à la mort de son père, il devient précepteur dans diverses familles de la région de Königsberg.

Son premier ouvrage, Pensées sur la véritable évaluation des forces vives (1746), tente de concilier Descartes et Leibniz sur la mesure de la force des corps en mouvement. Il doit cependant attendre l’année 1755 pour devenir « Privatdozent » grâce à une Dissertation sur les premiers principes de la connaissance métaphysique à la faculté de philosophie de l’université de Königsberg.

Pendant quinze ans, Kant enseignera les sciences, les mathématiques, la logique, aussi bien que la métaphysique, la théologie, le droit, l’anthropologie, la pédagogie, et même la géographie physique.

Nommé sous-bibliothécaire en 1766 à la bibliothèque du château royal de Königsberg, Kant ne devient professeur titulaire qu’en 1770, avec une dissertation sur la Forme et les principes du monde sensible et du monde intelligible (Dissertation de 1770).

Durant les vingt-sept années suivantes, il continue à enseigner, attirant un grand nombre d’étudiants. Premier grand philosophe à donner un enseignement universitaire régulier, Kant a consacré sa vie entière à l’étude et à l’enseignement.

En 1781 paraît la première édition de la Critique de la raison pure (Kritik der reinen Vernunft), fruit de onze années de travail, mais le livre ne rencontre pas le succès escompté ; puis, en 1788, la Critique de la raison pratique (Kritik der praktischen Vernunft) et, en 1790, la Critique de la faculté de juger (Kritik der Urteilskraft).

En 1792, à la suite de la publication de la Religion dans les limites de la simple raison, il subit la censure de Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse, qui lui interdit de traiter de questions religieuses. Tel est l’un des rares événements qui viendront bouleverser sa vie personnelle austère, célibataire et sédentaire. Sa promenade quotidienne n’a été troublée, dit-on, que le jour où il a découvert l’Émile de Rousseau, et un autre où il a jugé nécessaire d’aller au-devant du courrier portant des nouvelles de la Révolution française.

« Je suis par goût un chercheur », écrit-il, « je ressens toute la soif de connaître et l’avide inquiétude de progresser [...]. Il fut un temps où je croyais qu’il n’y avait que cela qui puisse faire l’honneur de l’humanité et je méprisais la plèbe qui ignore tout. Rousseau m’a remis en place ! Ce privilège illusoire s’évanouit, j’apprends à honorer les hommes et je me trouverais plus inutile que le commun des travailleurs si je n’étais convaincu que la spéculation à laquelle je me livre peut conférer à tout le reste une valeur : faire ressortir les droits de l’humanité. »

Kant s’éteint en prononçant ces mots restés célèbres : « C’est bien » (« Es ist gut »).



3-Philosophie:

La philosophie kantienne est une philosophie de la liberté, qui arrache l’Homme au déterminisme de la nature et de son passé pour le faire accéder à l’autonomie intellectuelle et morale. Elle récuse la théologie traditionnelle et le principe divin comme raison suffisante, cause explicative de l’Univers. Véritable critique du pouvoir de la raison et de sa capacité à produire des illusions, elle récuse les prétentions de la métaphysique à connaître ce qui n’est pas objet des sens mais besoin de la pensée, désir, aspirations légitimes de l’Homme.

Prenant sa source et trouvant son terme dans l’expérience humaine, dans le prolongement de Rousseau, la pensée kantienne s’oriente vers la philosophie pratique et porte sur le rapport de l’expérience humaine (dans son unité et sa diversité) aux idées et aux concepts, repoussant ceux-ci lorsqu’ils tendent à enfermer, altérer ou réduire celle-ci. La philosophie n’est plus pour Kant un savoir qui pourrait sauver l’Homme ou qui le délivrerait de toutes choses, comme chez Platon ou Spinoza, mais une critique du savoir comme substitut de l’expérience.

Kant propose donc une nouvelle architecture métaphysique, théologique, épistémologique et morale fondée sur la liberté humaine. Véritable « révolution copernicienne » de la pensée, son œuvre immense parcourt aussi bien l’astronomie et la physique que le droit. Certains diront qu’elle est souvent réduite à une sèche mise en question de la métaphysique ou à une bien rigide morale, mais on ne peut ôter à Kant le mérite d’avoir cherché, en ce siècle des Lumières qui est celui de la critique, à faire de cette critique même une science.

On distingue dans son œuvre deux périodes : la période dite « pré-critique » (1749-1780) et la période « critique » (1781-1796).



3.1-La période pré-critique:

La période pré-critique est marquée par une tentative de se défaire — sous l’influence de la pensée de Newton et, dès 1762-1763, de Rousseau et de Hume — du rationalisme dogmatique de Wolff, relecture scolastique de l’œuvre de Leibniz.

Important ouvrage de cette période, l’Histoire générale de la nature et théorie du ciel, essai sur la formation et l’origine mécanique du système du monde d’après les principes de Newton (1755), plutôt que d’accepter, à l’instar de Newton, l’idée de la création par Dieu de l’Univers, il avance l’hypothèse de la formation de l’Univers à partir d’une nébuleuse en rotation, hypothèse développée plus tard indépendamment par Laplace.

En 1763, la Seule Base possible pour la démonstration de l’existence de Dieu conteste déjà l’argument ontologique de Descartes et de saint Anselme comme preuve de l’existence de Dieu, et établit l’impossibilité de démontrer rationnellement une existence. Contre Swedenborg, les Songes d’un visionnaire expliqués par les songes de la métaphysique (1766) montrent que le rationalisme, s’il veut s’appuyer sur l’expérience, ne peut être que critique. Dans la Dissertation de 1770, enfin, Kant démontre l’existence d’éléments a priori au niveau de la sensibilité elle-même, la forme de l’espace et du temps, dont dépend toute activité de l’entendement.



3.2-La période critique:

La période critique, qui concilie idéalisme transcendantal et réalisme empirique, s’amorce dès 1770, mais s’ouvre véritablement avec la parution de la Critique de la raison pure en 1781. On distingue parfois une ultime période, de 1797 à la mort du philosophe, durant laquelle Kant élabore une métaphysique de la nature liée à une physique concrète. Ces dernières notes ont été publiées sous le titre Opus posthumum.



3.2.1-Refonder la métaphysique:

Dans la Critique de la raison pure (1781), l’ambition kantienne est de substituer à la métaphysique traditionnelle « vermoulue » une métaphysique non plus « transcendante » mais immanente, qui se tiendrait dans les limites d’un pouvoir de connaître où sensibilité et entendement sont toujours indissolublement liés. Kant se livre donc conjointement, sous l’influence de la lecture de Hume, de Locke et de Rousseau, à une critique de la métaphysique inspirée par Leibniz et Wolff et à une critique des facultés, c’est-à-dire des instances qui, en l’Homme, reçoivent les impressions et produisent les jugements et les pensées. Il s’agit de desceller la métaphysique de sa fausse assise spéculative pour la re-fonder dans la raison pure pratique.

Pour ce faire, il prend appui sur la distinction des jugements analytiques et des jugements synthétiques.



3.2.2-Jugements analytiques et jugements synthétiques:

Est analytique un jugement dans lequel le prédicat est contenu dans le sujet, comme dans la proposition « Les maisons noires sont des maisons ». La vérité de ce type de propositions est évidente, parce qu’affirmer l’inverse reviendrait à rendre la proposition contradictoire. De telles propositions sont appelées analytiques parce que l’on découvre la vérité par l’analyse du concept lui-même.

Les jugements synthétiques, quant à eux, sont ceux auxquels on ne peut parvenir par la pure analyse, comme dans l’énoncé « La maison est noire ». Tous les jugements ordinaires qui résultent de l’expérience du monde sont synthétiques.

Kant répartit les jugements en deux autres types : les jugements empiriques ou a posteriori et les jugements a priori formulés avant toute expérience. Les jugements empiriques dépendent de la perception des sens, alors que les jugements a priori sont valides par essence et ne sont pas fondés sur une telle perception. La différence entre ces deux types de jugements peut être illustrée par la proposition empirique « La maison est noire » et la proposition a priori « Deux plus deux égale quatre ». Kant soutient qu’il est possible de faire des jugements synthétiques a priori. En effet, c’est déjà sur un mode empirique que l’on saisit par intuition des phénomènes : l’espace et le temps sont des formes a priori de l’intuition, modes selon lesquels l’esprit appréhende ce qui est pour lui phénomène. Kant distingue ce qui apparaît, les « phénomènes », des « choses en soi », qui demeurent inconnues. Contre l’idéalisme de Berkeley, il affirme l’existence des choses hors de l’esprit. Cependant, la constitution des objets n’est pas séparable de ce qu’ils sont pour l’entendement allié à la sensibilité.



3.2.3-Catégories

L’activité de l’entendement, qui opère la synthèse du donné de l’intuition, est réglée par les catégories et se fonde sur la conscience ultime de soi, le « je pense » ou « sujet transcendantal », qui exprime et assure l’unité de la conscience, identité de soi à soi. Les catégories, fonctions qui permettent à l’entendement d’assurer la synthèse du divers représenté dans l’intuition, structurent donc la connaissance que nous avons du monde. Elles se divisent en quatre groupes : la quantité (unité, pluralité, totalité), la qualité (réalité, négation, limitation), la relation (substance-accident, cause-effet, réciprocité), la modalité (possibilité, existence, nécessité), et dérivent de la table logique des jugements.

Les jugements par lesquels l’entendement détermine l’objet de l’expérience sont le fruit de cette activité de synthèse du donné de l’intuition médiatisé par les catégories. Les schèmes de l’imagination mettent en rapport cette application de l’activité de l’entendement avec le donné de l’intuition sensible.

Hors de cette application aux données de l’intuition sensible, les catégories sont privées de tout sens et signification. C’est précisément dans cet usage illégitime et non maîtrisé des catégories que sombre la métaphysique classique : cherchant à déterminer des essences intelligibles indépendamment de l’expérience, elle mène à des antinomies, propositions contradictoires dans lesquelles la vérité des deux membres peut être également démontrée (l’Univers est infini / fini, toute réalité se ramène à des éléments insécables / toute réalité peut être décomposée à l’infini, etc.). C’est d’ailleurs la constatation de ces antinomies insolubles qui conduit Kant à la philosophie critique et à sa révolution copernicienne : il entend « mettre un terme au scandale d’une contradiction manifeste de la raison avec elle-même » (Lettre à Garve, 21 septembre 1798). La principale antinomie est celle qui concerne la causalité libre et la causalité naturelle. Tout l’objet de la Critique est en un sens d’expliquer un acte à la fois selon la loi de la causalité naturelle et selon la loi de la causalité libre.

C’est là l’essentiel de la philosophie pratique : sauver la causalité libre. Kant identifie en effet causalité par liberté et causalité par la raison, ce qu’il exprime sous la notion d’« autonomie », où se rejoignent à la fois l’idée de la loi morale comme exigence d’universalité et l’idée de la liberté comme causalité de la raison.

3.2.4-Autonomie de la raison et impératif catégorique:

Les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), la Critique de la raison pratique (1788) et la Métaphysique des mœurs (1797) développent la philosophie morale de Kant, fondée sur la liberté et sur l’« autonomie » de la volonté (opposée à l’« hétéronomie »).

L’acte moral est l’acte d’une pure bonne volonté, volonté dans laquelle celui qui agit se détermine par respect de la loi morale, c’est-à-dire de la raison universelle en lui. Cette affirmation est à l’origine de la distinction entre « impératif hypothétique » et « impératif catégorique ». L’impératif catégorique est le commandement de la raison elle-même qui s’exprime comme tel : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en règle universelle .» L’impératif hypothétique ne fait que commander une action comme moyen en vue d’une fin, inspiré par la sensibilité.

Dans la seconde formulation de l’impératif catégorique, le respect de la loi universelle en moi-même m’introduit au respect de tout être raisonnable comme fin en soi.

L’article Qu’est-ce que les Lumières ? (1784) définit à la fois le cadre et le but du projet kantien, et ce qu’est pour Kant l’autonomie de l’Homme : la sortie de la « minorité », et la capacité de penser librement, par soi-même.

L’Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique (1784) et les Conjectures sur le commencement de l’histoire humaine (1786) donnent une première ébauche d’analyse philosophique du devenir-homme de l’humanité comme tel, au travers du thème de l’insociable sociabilité, qui prépare le thème hégélien de la « ruse de la raison ». Kant pense que le monde évolue vers une société idéale, dans laquelle la raison « obligerait chaque législateur à faire ses lois de telle sorte qu’elles pourraient être issues de la volonté unie d’un peuple entier et à considérer chaque sujet, pour autant qu’il aspire à être citoyen, sur la base de la conformité à cette volonté ».

3.2.5-Jugement esthétique:

Dans la Critique de la faculté de juger (1790), Kant présente une analyse du jugement esthétique (« le beau est ce qui plaît universellement sans concept ») et montre qu’au niveau du jugement esthétique (finalité sans fin) se justifie un usage de la catégorie de fin comme une approche du donné phénoménal qui dépasse le simple donné comme tel.

Tandis que la Critique de la raison pure limite le pouvoir de connaître de l’Homme au monde phénoménal et assigne à l’âme, au monde et à Dieu le statut d’« idées régulatrices » de la raison, et que la Critique de la raison pratique légitime des affirmations relatives au monde des noumènes, à l’existence de Dieu, à la croyance en l’immortalité de l’âme et à la liberté (postulats de la raison pratique), la Critique de la faculté de juger s’emploie à opérer une conciliation de ces deux perspectives en montrant comment il y a, dans la finalité de l’organisation de la nature comme dans la finalité du devenir de l’humanité dans l’histoire, des indices, au plan des phénomènes, de la vérité des postulats de la raison pratique.

La Religion dans les limites de la simple raison (1793) définit comment la compréhension de soi du sujet pratique fondé dans la loi de la raison (autonomie) ouvre la voie à une interprétation critique du donné de la révélation chrétienne : Kant y traite notamment du pharisaïsme et de la conversion pour y examiner le rapport de la loi morale et de la volonté. L’Essai sur le mal radical, qui sert d’introduction à la Religion, développe la problématique de la possibilité de l’espérance, en montrant que l’Homme est mauvais sur fond de disposition naturelle au bien. Le mal radical est la libre subordination de la morale à la sensibilité.

Les trois questions fondamentales de Kant — « Que puis-je savoir ? », « Que dois-je faire ? », « Que m’est-il permis d’espérer ? » — convergent vers une seule question : « Qu’est-ce que l’Homme ? »

4-Postérité du kantisme:

Véritable rupture avec la tradition philosophique, la philosophie kantienne est elle-même fondatrice de toute une tradition de la pensée. Point de départ de l’idéalisme transcendantal de Fichte, de Schelling, de l’idéalisme absolu de Hegel, objet des critiques de Schopenhauer puis des sarcasmes de Nietzsche, la philosophie de Kant a tantôt été lue surtout comme une théorie de la connaissance (néopositivisme, école de Marburg, avec Paul Natorp et Hermann Cohen), tantôt principalement comme une philosophie morale. Par-delà la critique très forte de Hegel, la pensée contemporaine a connu un retour à Kant, soit par la voie de Heidegger (Kant et le Problème de la métaphysique, 1929), soit par la voie de la tradition française de philosophie réflexive, directement inspirée de Fichte, de Léon Brunschwicg, de Jules Lagneau et de Jean Nabert
.

Arthur Schopenhauer









1-
Présentation:

Schopenhauer, Arthur (1788-1860), philosophe allemand, célèbre pour sa philosophie du pessimisme. Né à Dantzig (aujourd'hui Gdańsk, Pologne), Schopenhauer fit ses études aux universités de Göttingen, Berlin et Iéna. Il s'installe ensuite à Francfort-sur-le-Main où il mène une vie solitaire et se consacre à l'étude des doctrines bouddhistes et hindouistes et de la mystique. Il est également influencé par le théologien, mystique et philosophe éclectique allemand de l'ordre des dominicains Maître Eckhart, par le théosophe et mystique allemand Jakob Böhme et par les érudits de la Renaissance et des Lumières .

Dans son ouvrage capital, le Monde comme volonté et comme représentation (1819), il expose les principaux éléments éthiques et métaphysiques de sa philosophie athéiste et pessimiste.

2-Volonté et perception:

En désaccord avec l'idéalisme absolu, Schopenhauer s'oppose vivement aux doctrines de G. W. F. Hegel. Il reprend de préférence, avec quelques réserves, la position d'Emmanuel Kant selon laquelle les phénomènes n'existent que dans la mesure où l'esprit les perçoit en tant qu'idées. Mais il contredit l'opinion de Kant selon laquelle la « chose en soi » (Ding an sich) ou réalité ultime demeurerait totalement inaccessible à l'expérience. Il assimile la « chose en soi » à l'expérience de la volonté. Selon Schopenhauer, toutefois, la volonté ne se limite pas à l'action volontaire et prévoyante, mais englobe toutes les activités dont le moi fait l'expérience, y compris les fonctions physiologiques. Cette volonté est la nature profonde de tous les êtres sensibles et prend dans le temps et dans l'espace l'apparence d'un corps qui est une idée. Partant du principe que la volonté constitue la nature profonde de son propre corps comme apparence dans le temps et l'espace, Schopenhauer en conclut que la volonté est la réalité sous-jacente à toutes les apparences matérielles et que la réalité absolue est une volonté universelle unique.

3-Volonté et souffrance:

Pour Schopenhauer, le caractère tragique de la vie résulte de la nature de la volonté, qui incite constamment l'individu à poursuivre des buts successifs, dont aucun ne peut satisfaire en permanence l'activité infinie de la force vitale ou volonté. Aussi la volonté mène-t-elle inévitablement à la douleur, à la souffrance et à la mort, dans un cycle sans fin de naissances, de morts et de résurrections ; seule une attitude de résignation peut mettre fin à l'activité de la volonté, car la raison maîtrise la volonté de telle sorte que l'impulsion se trouve suspendue.

C'est la perception de la nature de la conscience comme essentiellement impulsive qui conduit Schopenhauer à cette conception de la source de la vie dans la volonté. Sa métaphysique révèle une forte influence du bouddhisme. Son éthique parvient à faire converger des idées bouddhistes et chrétiennes. En ce qui concerne l'épistémologie, les conceptions de Schopenhauer le rattachent à l'école de la phénoménologie.

4-L’influence de Schopenhauer:

Connu pour son attitude hostile envers les femmes, Schopenhauer applique par la suite ses observations à une réflexion sur les principes qui régissent l'activité sexuelle de l'être humain, affirmant que ce ne sont pas les émotions de l'attachement sentimental qui poussent les individus les uns vers les autres, mais les impulsions irrationnelles de la volonté. L'influence de la philosophie de Schopenhauer est perceptible dans les premiers travaux de Friedrich Nietzsche, dans les drames musicaux de Richard Wagner et dans une grande partie de la recherche philosophique et artistique du XXe siècle.
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